Désintoxication
La Naltrexone pour le traitement de la dépendance aux opiacés

Désintoxication

Le rôle de la désintoxication dans les interventions médicales pour traiter la dépendance aux opiacés soulève des débats. La plupart des experts en la matière ont écarté cette forme de traitement, la jugeant inefficace. La raison en est simple : ils considèrent l’établissement et le maintien de l’abstinence comme les objectifs universels d’un traitement or il est indiscutable qu’il est rare de voir une abstinence définitive succéder à la désintoxication. La récidive est inéluctable, quelle que soit la manière dont la désintoxication est obtenue, que ce soit en milieu hospitalier ou en soins externes, à l’aide de doses diminuées de méthadone ou de clonidine (chlofazoline) ou encore d’autres opiacés, ou à l’aide de médicaments strictement symptomatiques et non narcotiques ou qu’elle se fasse progressivement sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, ou en l’espace de quelques heures seulement par l’administration d’un antagoniste de morphiniques (la Naltrexone par exemple), sous anesthésie générale. Il n’existe pas de sous-groupes d’individus dépendants aux opiacés dont le pronostic s’avère sensiblement meilleur que la norme.

De nombreuses observations donnent à penser que la toxicomanie est une affection chronique et notoirement récidivante, dont l’origine n’est toujours pas vraiment connue, et qui — aujourd’hui en tout cas — résiste aux efforts menés pour en "guérir" (il convient de remarquer que nous pouvons dire exactement la même chose pour une autre forme de dépendance — l’alcoolisme). Voilà pour les mauvaises nouvelles, passons maintenant aux bonnes : si le toxicomane ne peut pas être guéri, il peut être traité, et traité de manière très efficace. Le tout dépendant bien sûr de la conception que nous avons du terme "succès". Il est bon de ne pas perdre de vue l’observation faite il y a quelque trente ans dans un compte rendu préparé pour la Ford Foundation : "La manière la plus directe d’aider un héroïnomane est de le désintoxiquer…La désintoxification a plusieurs avantages certains pour le drogué et pour la société. Même si le drogué n’a pas l’intention d’arrêter de prendre de la drogue, ce processus de désintoxication diminue le problème d’accoutumance et diminue son coût."
Référence: DeLong JV : Treatment and Rehabilitation. Tiré de
"Dealing with Drug Abuse A Report to the Ford Foundation" (Faire face à la toxicomanie. Compte rendu à la Ford Foundation), Praeger, N.Y., 1972, p 181

Au début des années 70, le service de la santé de la ville de New York a établi un réseau de centres de désintoxication ambulatoires, qui proposaient une durée de traitement de 14 jours au maximum et offraient des doses de moins en moins fortes de méthadone (il n’était pas autorisé d’emmener chez soi des médicaments). Au cours de sa première année, le programme a admis plus de 22 000 (!) patients. Un tiers de ces derniers ont accepté d’être dirigés vers (et ont été admis dans) un programme de traitement de soutien à long terme par la méthadone ou des soins sans drogue, une fois la cure de désintoxication terminée. Vu que le coût quotidien de doses d’héroïne est de 100 à 150 dollars en moyenne, il est facile de calculer l’énorme réduction de dépenses pour les drogues illicites (et par là la réduction du nombre de crimes générant ces fonds) associée à la désintoxication d’un nombre aussi élevé d’individus.
Référence: Newman RG : Methadone Treatment in Narcotic Addiction (Traitement par la méthadone dans le cadre de la narcomanie), Academic Press, N.Y., 1977, pp 75-78

Dans la mesure où l’on ne saurait renoncer à la "guérison", à savoir une abstinence permanente et totale, comme objectif thérapeutique, il faut approcher avec prudence les traitements de désintoxication. Il n’existe pas de données convaincantes pour appuyer la promotion d’une méthode particulière de désintoxication en suggérant (ou laissant sous-entendre) qu’elle promet une réduction importante de la probabilité d’une récidive. Et l’inverse est également juste : si l’on pense que c’est aider un toxicomane que de l’inciter à s’abstenir, ne serait-ce que de s’auto-administrer une seule dose de drogues illicites et d’éviter ainsi les nombreux dangers, certains mortels, associés à une telle utilisation, la désintoxication est alors une modalité de traitement dont l’efficacité est bel et bien incomparable ; la désintoxication attirera alors une proportion importante des individus adonnés à l’utilisation d’opiacés illicites.

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