La prescription de l’héroïne aux héroïnomanes est-elle une solution?
Numéro du 27 Octobre 2001
À ne pas diffuser avant 1 h (heure de Londres) le 26octobre 2001


Des chercheurs suisses rendent compte, dans le numéro Lancet de cette semaine, du succès d’un programme de traitement à l’héroïne pour les héroïnomanes souffrant d’une addiction chronique et pour lesquels les traitements classiques ont échoué. Ce programme soulève des controverses.

L’addiction à l’héroïne a des conséquences graves pour l’héroïnomane, au plan de la santé, mais elle a également un effet sur la société dans son ensemble, par le biais de la criminalité associée à cette drogue et les problèmes que les drogués sont susceptibles de causer. Le traitement vise en général à enrayer le sentiment de manque du toxicomane pour l’héroïne ou à prescrire un médicament de substitution, de la méthadone par exemple, qui produit certains des effets de l’héroïne. De nombreux toxicomanes abandonnent tous les traitements qui leur sont proposés.

Une option de traitement pour les toxicomanes est la prescription de petites quantités d’héroïne, parallèlement à d’autres approches, en vue de stopper l’addiction. Cette approche avait été utilisée il y a de nombreuses années et a été réintroduite en Suisse, pays qui a connu une augmentation du nombre d’héroïnomanes dans les années 80 et 90.

Les services de santé publics suisses ont mis en place diverses mesures afin de traiter l’addiction à l’héroïne, d’améliorer la santé des toxicomanes, de protéger la société et de parer aux crimes liés à la drogue. Certains toxicomanes n’ont pas répondu aux mesures conventionnelles, certains centres ont donc, en 1994, essayé de prescrire de l’héroïne. Dans le numéro Lancet de cette semaine, le Professeur Jurgen Rehm et ses collègues rendent compte de l’expérience suisse en matière de prescription de l’héroïne au cours des 6 dernières années.

Les chercheurs ont analysé 1969 cas de patients traités dans 21 centres. Ils ont découvert que 86 % des toxicomanes restaient dans des programmes de prescription d’héroïne pendant trois mois, 70 % pendant un an et 34 % pendant 5 ans ou plus. Ce programme de traitement comportait plusieurs avantages : la prescription d’héroïne, mais aussi des efforts intensifs de réinsertion, ainsi qu’une diminution des infections et des troubles mentaux. Les fonctions sociales des toxicomanes se sont également améliorées et le taux de criminalité a baissé. Enfin, l’utilisation de drogues illicites, la cocaïne en particulier, a connu une diminution.

Les auteurs notent qu’il existe un système similaire en Hollande et remarquent que ´ le traitement à l’aide de l’héroïne s’ajoute dans les deux pays à un système de traitement polyvalent et bien développé et que les résultats d’étude devraient être évalués en fonction de ce contexte ª.

Dans un commentaire, Ernest Drucker, du centre médical Montefiore à New York, aux États-Unis, note que le traitement des héroïnomanes par la prescription d’héroïne n’a rien de nouveau, mais qu’il avait été abandonné à cause de la désapprobation publique et professionnelle. Et cette désapprobation est encore très répandue. Il écrit que ´ les protestations nourries par des idées fausses et le manque d’information qui ont accueilli les études suisses sur l’héroïne aux États-Unis révèlent la profondeur de ce conflit qui remonte à longtemps et souligne l’importance de ce rapport ª.

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