La Naltrexone pour le traitement de la dépendance aux opiacés

"On a récemment beaucoup parlé de la Naltrexone en tant qu’antagoniste aux opiacés utilisée pour une désintoxication "ultra-rapide" sous anesthésie générale. Le coût du traitement est élevé (bien plus de 5 000 dollars en général). La procédure n’est pas dénuée de risques : le risque de mortalité est toujours présent dans le cadre d’une anesthésie générale et également lors de la période initiale suivant la désintoxication, si l’individu qui vient d’être désintoxiqué, et qui par conséquent n’est plus tolérant, recommence à prendre de la drogue. Ce deuxième risque existe bien sûr toujours lorsque l’utilisation de la drogue reprend après une période d’abstinence. En plus de son utilisation en tant qu’agent de désintoxication rapide, la Naltrexone est également utilisée depuis des dizaines d’années dans le traitement de l’entretien de l’abstinence en tant qu’ "inhibiteur" à plus long terme.

Il convient de proposer aux patients le plus grand choix possible d’options de traitement, mais le choix en question doit être vraiment "éclairé" - c’est-à-dire fondé sur des attentes réalistes étayées par l’expérience. À l’égard de la désintoxication à court terme, excepté dans les cas où il est essentiel pour les patients d’accomplir le sevrage immédiatement (à savoir dans les heures qui suivent), l’administration de la Naltrexone sous anesthésie semble avoir peu d’avantages, si même elle en a, comparée aux approches plus classiques utilisant des agonistes aux opiacés ou autres médicaments. L’abstinence une fois atteinte, il ne semble pas y avoir d’argument empirique ou théorique prouvant qu’elle puisse être maintenue plus facilement que lorsqu’une autre méthode de désintoxication est employée.

Les restrictions de la Naltrexone lorsqu’elle est utilisée en tant que médicament dit "d’entretien" sont peut-être particulièrement bien résumées par le fabricant :
"Il n’y a pas de données démontrant un effet favorable de [la Naltrexone], de manière absolue, sur les taux de récidive parmi les individus désintoxiqués qui avaient auparavant une dépendance aux opiacés, qui s’administrent le médicament… Il semblerait que l’efficacité la plus marquée du médicament apparaisse chez les toxicomanes aux opiacés bénéficiant d’un pronostic favorable et prenant le médicament dans le cadre d’un programme exhaustif de réinsertion professionnelle, d’un suivi contractuel du comportement ou de tout autre protocole visant à améliorer l’observation des règles. [La Naltrexone], à la différence de la méthadone ou du LAAM (Lévo-alpha-acétylméthadol), ne renforce pas l’observation de la prise du médicament et son effet thérapeutique n’est probable que si elle est administrée dans le cadre de conditions externes favorables à une utilisation continue du médicament."
Référence : Physicians' Desk Reference, 2001, pp. 1146-1149


Il est peut-être révélateur de comparer le mécanisme de l’action de la Naltrexone avec celui de l’Antabuse, tel qu’il est employé dans le traitement de l’alcoolisme. Les deux médicaments ont la particularité de modifier les conséquences d’utiliser la drogue — la Naltrexone, chez les individus souffrant d’une dépendance aux opiacés, en bloquant les récepteurs et en prévenant les effets narcotiques et l’Antabuse en entraînant une souffrance physique si l’individu consomme de l’alcool. Les deux médicaments ont par ailleurs une sérieuse limitation : ils ne modifient pas l’ "état de manque" (ou ce qu’on peut choisir de décrire comme un besoin physique et/ou psychologique) pour le médicament, rendant donc la prise du médicament tout à fait problématique.

Lorsque l’on traite une pathologie aussi complexe et aussi dangereuse que la dépendance aux opiacés, puisqu’elle peut coûter la vie, il faut encourager toutes les interventions thérapeutiques possibles et les mettre à la portée des patients. S’il convient de ne rejeter aucune approche thérapeutique offrant une aide et un espoir, il est également impératif de ne pas en vanter une seule sans avoir averti et informé le patient des avantages possibles, mais aussi des risques et des limitations de l’approche en question.

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