LETTRE À LA RÉDACTION : Dix fois plus de décès dus à une overdose de méthadone depuis 1997 dans le Maryland NOUVEAU: 14/4/03
Robert Newman, MD
Dans la Lettre à la rédaction, un commentaire sur l’article "Dix fois plus de décès dus à une overdose de méthadone depuis 1997 dans le Maryland" paru dans CESAR FAX, un fax hebdomadaire du Centre de recherche sur l’abus de drogues. Pour lire l’article complet cliquer ici.

LETTRE À LA RÉDACTION

17 février 2003

Dr. Eric Wish, Director
4321 Hartwick Rd., Suite 501
College PArk, Md. 20740

Cher Dr Wish,

Le numéro du 17 février 2003 de CESAR FAX note à juste titre qu’il y a “dix fois plus de décès dus à une overdose de méthadone depuis 1997 dans le Maryland”. Je vous ferais cependant remarquer que, dans ce cas, les chiffres n’en disent pas assez.

Tout d’abord, comme l’indique l’article cité, les 19 “overdoses de méthadone” supplémentaires entre 1997 et 2001 sont à comparer aux 82 décès supplémentaires “uniquement dus aux narcotiques” (le classement mutuellement exclusif des “narcotiques” et de la “méthadone” est surprenant, mais je passe sur la sémantique). En conséquence, votre titre aurait dû décrire le changement intervenu entre 1997 et 2001 dans les termes suivants : “l’accroissement du nombre de décès liés aux narcotiques est plus de quatre fois supérieur à l’accroissement des décès liés à la méthadone”. Cela aurait été tout aussi exact, et tout aussi trompeur. Ensuite, non seulement le nombre absolu de décès liés à la méthadone est extrêmement faible, mais il représente une infime proportion du nombre total de “décès par overdose”. Par conséquent, même l’année dernière, en 2001, plus de 96 % des cas d’overdose n’étaient pas dus à la méthadone.

Ces commentaires renvoient à la présentation des données. Il y a des questions de fond beaucoup plus importantes et intéressantes. Il semble donc surprenant que sur les 45 cas de décès attribués à la méthadone durant ces cinq années, pas un seul ne mentionne l’alcool ou “d’autres drogues”. En comparaison, sur les 2217 décès liés à l’héroïne, d’autres drogues étaient en cause dans plus de 40 % des cas et, pour la cocaïne, dans plus de 76 % des cas. Au risque de me répéter, c’est très surprenant et cela mérite certainement une réflexion sur les explications possibles.

Le rapport intégral note (page 11) que “les décès par overdose de méthadone concernent principalement des personnes plus âgées vivant à Baltimore et dans le centre du Maryland . . .”. Aucune donnée n’est fournie sur l’âge des victimes d’une overdose de méthadone, mais en ce qui concerne la région, l’observation est fallacieuse. En fait, il est intéressant (et peut-être plus important) de noter que la proportion de “décès liés à la méthadone” en 2001 est pratiquement identique dans toutes les régions, que leur nombre d’overdoses soit faible ou élevée. Par conséquent, la méthadone représentait 3,3 % des cas à Baltimore et dans le centre du Maryland (pour un total de 446 décès signalés), et 4,4 % des cas à Washington et sur le littoral oriental, dans le Sud et l’Ouest du Maryland, pour un total combiné de seulement 113 décès.

Le gros titre que vous avez choisi, tout comme les titres des articles sur les “décès liés à la méthadone” parus dans le New York Times et les quotidiens dans le reste du pays, illustre clairement ce que vous jugez digne d’être publié. Et je suis d’accord avec vous ! Il y a apparemment beaucoup plus de décès liés à la méthadone ces dernières années, et c’est un problème préoccupant. Mais que fait-on pour comprendre la situation ? À ce jour, pratiquement rien. Cela ne me rassure guère de savoir que “. . . les recherches futures porteront sur les causes potentielles de cet accroissement du nombre d’overdoses de méthadone. . .”. Cela ne suffit pas ! Cela fait déjà trois mois que le rapport a été publié, et probablement beaucoup plus longtemps que l’équipe de recherche a observé une augmentation inquétante du nombre de décès attribués à la méthadone. Précisément parce que les chiffres absolus sont aussi faibles, on aurait pu obtenir des données de base il y a longtemps. Par exemple, on peut presque instantanément identifier les victimes qui suivaient un “programme”, de même que leur assiduité et la posologie suivie avant leur mort. Qui plus est, beaucoup d’informations sont probablement déjà disponibles. Le rapport mentionne une ventilation par âge des cas de méthadone qui n’est pas présentée mais est “disponible sur requête”. Et l’on peut présumer que le médecin légiste en chef inclut régulièrement dans ses évaluations les preuves physiques d’administration parentérale de drogues - chronique et immédiatement avant la mort – et la détermination de la présence ou absence de méthadone dans l’estomac. De nombreux cas ont probablement donné lieu à une enquête policière qui pourrait fournir des éléments d’information précieux sur les circonstances de ces décès.

Je pense que les lecteurs de CESAR FAX sont en droit d’attendre une présentation plus complète et plus équilibrée. Mais il est encore plus urgent que les chercheurs du Centre examinent et signalent tous les aspects possibles des “décès liés à la méthadone” afin de faire une évaluation responsable des mesures susceptibles de réduire le nombre de décès à l’avenir. Et à cet égard, je ferai une dernière suggestion : je vous prie instamment de collaborer étroitement avec vos collègues du Maine, de la Floride et d’autres États qui ont signalé une augmentation similaire du nombre de décès liés à la méthadone. Des définitions et protocoles communs peuvent et doivent être établis sans plus tarder.

Veuillez recevoir mes salutations distinguées.
Robert Newman, médecin


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