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Royaume-Uni : Un groupe d’entraide relève le défi NOUVEAU: 9/9/2002 Peter Vanderkloot, Advocate for Patient Rights
Lorsque la Methadone Alliance a été fondée en 1998, les toxicomanes britanniques se trouvaient dans une sombre situation. Jadis renommé pour son bon sens et sa souplesse, le "système britannique” de prescription de traitements d’entretien avait été entièrement démantelé au cours des 30 années précédentes. Si la diamorphine (héroïne pharmaceutique) était encore souvent dispensée contre certains troubles médicaux, il était devenu quasiment impossible de l’obtenir aux fins de maintenance. Qui plus est, un nouveau projet de loi avait de grandes chances de limiter fortement le droit des généralistes de prescrire un traitement d’entretien à la méthadone.
Inspiré par l’exemple d’organisations d’utilisateurs de drogue en Europe, un groupe de patients sous traitement d’entretien aux opiacés, de médecins et de défenseurs de leur cause a fondé la Methadone Alliance. Le cofondateur Bill Nelles a tiré parti de ses nombreuses années d’expérience de cadre au Service national de la santé et de défenseur des droits des sidéens pour recruter au sein du conseil consultatif du groupe quelques-uns des membres les plus respectés de la communauté internationale de traitement des toxicomanies.
Le nom de l’Alliance reflétait le fait que la méthadone est le médicament prescrit pour la majorité des patients britanniques sous traitement d’entretien. En choisissant le slogan “Methadone and Beyond “ (la méthadone entre autres), cependant, le groupe s’engageait à défendre le droit des patients à se faire prescrire l’opiacé le plus approprié, y compris la diamorphine.
De nombreux utilisateurs britanniques étaient fermement opposés à l’idée d’accepter un autre traitement d’entretien que l’héroïne pharmaceutique. Mais à l’exception de quelques régions très attachées aux mesures de réduction des méfaits, le pourcentage d’utilisateurs sous traitement d’entretien à la diamorphine avait fortement diminué depuis le réaménagement du système de traitement des toxicomanes à la fin des années 60. En 1998, seulement 400 des quelques 100 000 consommateurs d’héroïne illégale étaient traités à la diamorphine.
De prime abord, la situation des patients sous méthadone était bien meilleure. Alors qu’un nombre croissant de patients devaient se rendre dans des “centres polyvalents” calqués sur le modèle américain, il était encore possible d’obtenir une prescription de méthadone de n’importe quel médecin qui acceptait de le faire. En outre, le prescripteur pouvait déterminer la fréquence des doses et si (le cas échéant) le patient devait prendre la méthadone sous observation. Les médecins pouvaient également déterminer la préparation la plus appropriée – liquide, comprimés ou injections, selon ce que préféraient leurs patients.
En practique cependant, le traitement administré à un patient était déterminé en grande partie par sa situation géographique et ses moyens financiers, selon qu’il pouvait ou non se faire traiter en dehors du Système de santé nationale. Ceux qui avaient de l’argent et la chance d’habiter dans une région desservie par un centre spécialisé jouissaient d’une certaine autonomie médicale et liberté de choix. Pour la grande majorité, cependant, l’accès au traitement passait par une série de contrats locaux et nationaux complexes, de directives et de normes dictant les traitements d’entretien autorisés, sous quelle forme et de quelle façon ils seraient dispensés, ainsi que les services complémentaires à obtenir. Dans ce dédale de règles, les toxicomanes dans un quartier pouvaient avoir accès à un traitement d’entretien à l’héroïne tandis que ceux d’un quartier voisin pouvaient être limités à une dose orale de moins de 40 milligrammes de méthadone, ou bien se voir refuser l’accès à tout traitement.
Lorsque l’Alliance a été fondée, les médecins britanniques risquaient également de perdre les derniers vestiges de leurs pouvoirs traditionnels de prescription contre l’addiction. Les directives et autorisations requises menaçaient de limiter la prescription de méthadone aux seuls spécialistes, et ce uniquement en solution diluée. Bien que l’avenir soit incertain, la menace de telles restrictions semble moins lourde aujourd’hui. Cependant, un système de “consommation sous surveillance”, une nouveauté au Royaume-Uni en matière de traitement à la méthadone, a été introduit et l’Alliance s’emploie activement à faire en sorte que ces protocoles soient limités aux premières semaines de traitement et soient assortis d’exemptions raisonnables pour ceux qui vivent ou qui travaillent loin d’un centre.
En quatre ans de démarches incessantes, la Methadone Alliance a aidé à freiner les mesures excessivement restrictives pour les patients sous méthadone et est parvenue à s’imposer comme une force avec laquelle les futurs adversaires du traitement d’entretien devraient compter. Par ses efforts persistants, ses déclarations publiques, ses publications et une campagne d’éducation, l’Alliance a aidé à faire opposition aux pires changements proposés dans les directives et à préserver, du moins pour le moment, le droit des généralistes de prescrire la méthadone.
Avec des moyens limités, le groupe a mis en place un éventail impressionnant de services et partenariats, notamment :
- Un numéro d’urgence que les patients britanniques peuvent appeler pour obtenir des informations et une assistance. - Un programme de formation des groupes d’entraide. - La présentation d’informations à jour et exactes sur la prescription d’un traitement d’entretien dans le cadre de consultations, publications et présentations. - Participation à la National Drug Users Development Agency - une organisation de tutelle pour les groupes d’utilisateurs de drogues au Royaume-Uni. – La mise en place d’un site web perfectionné. - Planification d’une conférence nationale d’utilisateurs de médicaments prescrits par des médecins.
La Methadone Alliance est consciente qu’il reste beaucoup à faire. À l’heure même où le Secrétaire de l’Intérieur britannique envisage l’expansion éventuelle de la prescription de diamorphine, les méthodes de prescription actuelles restent menacées. Il reste à voir si la Grande-Bretagne reconnaîtra la nécessité de tenir compte de son passé pour adopter une approche médicale efficace et compréhensive en matière de toxicomanie, ou si elle continuera à adopter des modèles étrangers discrédités. Une chose est cependant certaine, les responsables britanniques ne pourront plus ignorer les milliers de personnes qui peuvent désormais s’exprimer par le biais de la Methadone Alliance.
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