Introduction
Les nombreuses controverses qui entourent le sujet de la toxicomanie tiennent en grande partie à la disparité des définitions des termes et concepts. Étant donné le manque d’homogénéité parmi les définitions adoptées même dans les milieux médicaux, il est inévitable que la confusion règne dans le public, y compris chez les personnes directement touchées par la toxicomanie. L’utilisation très répandue — mais illogique — d’un "langage populaire" est un obstacle supplémentaire à la bonne compréhension de la toxicomanie. Nous espérons donc que ce chapitre permettra d’engager un débat productif et d’éviter la discorde alors qu’il n’existe en fait pas de différences fondamentales. D’autres définitions peuvent être acceptables, de même que des termes nouveaux sur lesquels nos lecteurs demandent des précisions.

Désintoxication — c’est un exemple flagrant d’un terme employé couramment, mais à mauvais escient. Le processus ne consiste pas à éliminer une substance toxique, comme on pourrait l’entendre au sens étymologique du terme, mais exactement le contraire : il s’agit de l’adaptation à l’absence d’une substance envers laquelle la personne a développé une dépendance physique. L’objectif thérapeutique immédiat de la désintoxication est de parvenir à l’abstinence avec un degré d’indisposition minime ou nul. Cela s’applique à tous les opiacés auxquels le patient est exposé - héroïne, codéine, méthadone, etc. Il n’y a aucune raison de penser que la nature de la désintoxication (durée, traitement médical suivi, le cas échéant, environnement, services d’appui, etc.) influe sur la probabilité de maintenir l’abstinence à long terme.

Narcotique — tel qu’utilisé par les services publics aux États-Unis, ce terme est perçu comme désignant et/ou destiné à couvrir un large éventail de substances illégales, telles que la cocaïne, la marihuana, etc. La définition générale du terme, en revanche, (Webster’s Unabridged Dictionary) est la suivante : "toute substance qui provoque un sommeil profond, un état léthargique et l’allégement de la douleur ; il s’agit généralement d’un opiacé". Et la définition pharmacologique, telle qu’utilisée dans les textes de référence courants (Goodman et Gilman), est la suivante : "la morphine et les opiacés assimilés produisent leurs principaux effets sur le système nerveux central … Les effets sont extrêmement divers et comprennent l’analgésie, la somnolence, des sautes d’humeur, le ralentissement du rythme respiratoire, le ralentissement du transit gastro-intestinal, la nausée, des vomissements et la modification du système endocrinien et du système nerveux végétatif.

Analyse d’urine — terme employé dans les protocoles thérapeutiques, les textes officiels de définition des normes, les directives des entreprises ou autres organisations de ressources humaines, etc. Les cliniciens ont généralement tendance à accorder plus de poids aux résultats qu’il n’est normalement accepté dans d’autres domaines d’exercice de la médecine (par exemple, une urine "positive" entraîne obligatoirement une intensification des rythmes de vérification dans de nombreux programmes). Il n’y a en fait aucune raison d’examiner les résultats différemment de tout autre résultat de laboratoire : l’indication d’un éventuel état pathologique qui n’avait pas été identifié cliniquement ou la preuve qu’un état pathologique suspecté est probablement confirmé ou infirmé. Beaucoup de personnes trouvent également dégradant, et cela s’écarte des pratiques médicales courantes, de donner une connotation péjorative aux résultats d’analyse — par exemple, "urine sale".

Stabilité clinique — contrairement à la majorité des patients qui suivent un traitement médical, le terme "stable" a un sens beaucoup plus large que le problème clinique traité lorsqu’il est appliqué aux patients traités pour la dépendance aux opiacés. Les expressions "emploi productif", "cessation des activités de délinquence" et autres critères sociaux représentent donc un facteur prépondérant dans la définition de la "stabilité" du patient.

Mesures de résultats — comme pour le concept de "stabilité", la notion de "résultat" est également définie en termes beaucoup plus larges que dans d’autres branches médicales. Qui plus est, les "objectifs" qui identifient un résultat comme étant positif ou négatif reflètent souvent l’intention des prestataires de services et peuvent ne pas prendre en compte ceux du patient — par exemple, poursuivre le traitement. Il n’est pas rare que les "programmes" définissent un objectif de retrait de tous les médicaments utilisés dans le traitement de la dépendance aux opiacés dans une période donnée, six mois par exemple. La poursuite du traitement au-delà de cette période signifie, par définition, que cet objectif n’a pas été atteint aussi rapidement qu’on l’espérait. Qui plus est, il est fréquent de mesurer le "résultat" du traitement médical contre la dépendance aux opiacés en évaluant les patients une fois que le traitement a cessé ; il serait inadmissible d’appliquer ce concept au traitement d’autres maladies chroniques.

"Meth" — ce terme est ambigu car il peut signifier méthamphétamine ("speed") ou méthadone. Les abréviations ambiguës sont à éviter.

Usage, mésusage et abus de drogues — ces termes reflètent toute une gamme de paramètres disparates, notamment : si une substance (telle que tranquillisants, analgésiques, opiacés, etc.) est utilisée sur prescription médicale ou non, quelles que soient les indications, les intentions et la justification clinique de son utilisation. Pour la Ritaline médicalement prescrite à un adolescent, on peut dire ’"usage" ; si elle est prise sans prescription par un autre adolescent, qui présente des symptômes identiques, avec la même dose, on parlera généralement de "mésusage" ou d’"abus". Un dernier exemple : M. Z "utilise" de la codéine prescrite par son dentiste contre la douleur, mais il "abuse" ou fait "mauvais usage" du médicament lorsqu’il a de nouveau mal aux dents six semaines plus tard et qu’il ne peut obtenir un rendez-vous chez son dentiste.

Addiction/toxicomanie — c’est probablement le terme qui pose le problème de sémantique le plus fondamental. Les questions sont complexes, et peuvent inciter à tenter de faire une distinction subtile entre l’état de "manque" physique et un appétit intense (par exemple, est-ce qu’une personne qui adore le chocolat "souffre" d’addiction ? Le terme repose en partie sur les conséquences de divers comportements ( un "passionné de jeu" ne serait considéré comme ayant un problème que s’il perd constamment, mais il serait considéré comme quelqu’un qui a de la chance au jeu et suscite l’envie et l’admiration s’il gagne souvent). En termes pharmacologiques, la règle fondamentale est que la "dépendance" et la "tolérance" ne sont ni nécessaires pour diagnostiquer la "toxicomanie/addiction", ni pathognomoniques (individuellement ou ensemble) de cet état. La définition courante du terme "toxicomanie/addiction" est généralement celle utilisée par la société : un comportement compulsif, incontrôlable, totalement accaparant qui a des conséquences négatives sur la personne et la société (à noter que, d’après chacun de ces paramètres, le terme "toxicomane" ne s’applique pas à un patient qui suit un traitement de "soutien" contre la dépendance aux opiacés).

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